Une femme et une association transforment des invendus en douceur pour les personnes en situation de précarité. Depuis trois ans, Solange Gautier parcourt Paris en fin de journée pour récupérer les gâteaux invendus chez les pâtissiers et les redistribuer, sans stock ni stockage, afin d’offrir des moments de gourmandise aux plus démunis.
Une initiative née d’un drame et d’un engagement contre le gaspillage
Suite à la disparition de sa fille Juliette, une jeune pâtissière de 26 ans, Solange Gauthier a décidé d’apporter de la douceur à ceux qui en sont privés. Depuis trois ans, cinq fois par semaine, en fin de journée, elle pousse les portes des pâtisseries parisiennes pour récupérer les invendus et les redistribuer aux associations. « Ça peut être des fraisiers, de très beaux gâteaux au chocolat, des tartes au citron, aux fraises et les viennoiseries. Les jours où on récolte le plus, c’est les veilles de fermeture hebdomadaire des pâtisseries : le mercredi soir on récupère une centaine de gâteaux qu’on redistribue. Et le dimanche, ma voiture est pleine ». Aucun stock, tout est redonné dans la soirée.
Des gestes responsables qui s’inscrivent dans une chaîne solidaire
Pour des raisons de sécurité alimentaire, les gâteaux doivent être consommés le jour même. Alors, après chaque collecte, c’est un peu la course. Aucun stock n’est conservé, Solange redistribue tout dans la soirée. On travaille avec les Restos du Coeur, dans la rue, avec les maraudes. L’accueil des pâtissiers Les pâtissiers la remercient de leur permettre de ne pas avoir à jeter, ils sont soulagés dit Solange qui détaille : Ils n’ont pas de temps, ils ont une vie infernale.
Les circuits et les partenaires de l’action
La plupart ne veulent pas jeter, mais n’ont pas le temps d’aller voir les associations. C'est à la fois parce qu'elle ne supporte pas le gaspillage mais aussi en hommage à sa fille qui venait de commencer sa carrière de pâtissière que Solange continue ses rondes. C’est rendre un hommage à ma fille, et aux pâtissiers qui travaillent très durement. Solange reconnait que si d’autres bénévoles la rejoignait dans son association "Pâtisseries solidaires", elle pourrait apporter encore plus de douceurs. Plus de gâchis : les gâteaux et viennoiseries invendus peuvent faire des heureux. « Depuis six ans, chaque semaine, nous offrons environ 300 pâtisseries, selon les dons des professionnels, indique Solange Gautier. Il ne s’agit pas d’une nourriture d’urgence, mais de petits moments de fête. Nous apportons des douceurs aux plus démunis. La gourmandise est un droit pour tous. ». Cette militante a le cœur en joie chaque fois qu’elle offre des gâteaux. Les bénévoles peuvent se réunir sur une place pour distribuer des portions de desserts. La consolation est immense.
Un réseau de donateurs et de bénéficiaires
Solange Gautier a constitué un réseau de donateurs et de bénéficiaires sans publicité ni demande extérieure. « Le bouche-à-oreille a façonné notre relai », précisent les bénévoles. Une dizaine de bénévoles travaillent autour du projet, certains rejoignent l’organisme pour redistribuer des pâtisseries dans la rue ou lors de maraudes des Restos du cœur. Les bénéficiaires viennent des Restos du cœur, de la Péniche du cœur, de deux sites de l’association Aurore, d’Emmaüs solidarité, d’un foyer pour personnes isolées Cœur de femmes, de l’association d’étudiants COP21.
Des témoignages d’espoir et de dignité retrouvée
« Distribuer des desserts de qualité à des gens qui n'en ont pas les moyens, voilà l'idée de Solange Gautier », confie un bénévole. «Avoir le choix est un luxe qui ne nous appartient plus», ajoutent des bénéficiaires présents lors des maraudes ou des distributions nocturnes sur des places publiques.

Les donateurs et la logistique sans gaspillage
Des partenaires tels que l’École de boulangerie et de pâtisserie de Paris, la Maison Chantrelle, les boutiques de la Maison Marques, L’Essentiel, Aux Gourmets de Saint-Maurice, La Maison des Saveurs, la chocolaterie Ducasse et Michel et Augustin font partie des donateurs actuels. Les denrées périssables sont toujours redistribuées le soir même, et Solange organise ses circuits pour récolter le maximum de gâteaux par soir et les acheminer rapidement vers les associations les plus proches. « Nous disposons d’une camionnette réfrigérée. Il n’y a pas de stockage, pour éviter les problèmes d’hygiène. Quand un professionnel nous appelle, nous trouvons une association caritative juste à côté », explique Solange.
Dans la foulée, est organisée une maraude auprès des sans-domicile fixe. Les bénévoles se réunissent aussi autour d’un point fixe, une place, pour distribuer des portions de desserts. Des bénévoles au service d’une cause qui tient à cœur la fondatrice.

Cadre et finalité éthique
Dans un contexte marqué par la lutte contre le gaspillage alimentaire, la valorisation des invendus constitue à la fois un enjeu éthique, économique et environnemental. Le don alimentaire, lorsqu’il est correctement encadré, représente un moyen efficace de limiter le gaspillage tout en soutenant les associations d’aide alimentaire. Le décret n° 2020-731 du 15 juin 2020 relatif à la dispense de régularisation de la TVA bénéficiant aux dons de biens invendus à des associations reconnues d’utilité publique prévoit l’insertion de l’article 84 B à l’annexe II du CGI. Un inventaire détaillé retraçant la date du don, la nature et la quantité des biens donnés est établi pour chaque don.

La Fondation gère plusieurs dispositifs d’aide alimentaire. La Direction des solidarités anime la coordination d’aide alimentaire parisienne.